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Épargne salariale : 229 milliards que personne ne pilote vraiment
L’encours de l’épargne salariale et de la retraite d’entreprise a atteint 229,4 milliards d’euros fin 2025, en hausse de 14,7 %, pour 13,2 millions de bénéficiaires. Rapporté au nombre de personnes concernées, ce patrimoine reste largement géré par défaut.
C’est le troisième patrimoine financier des Français, derrière l’assurance-vie et les dépôts bancaires, et celui dont ils parlent le moins. L’Association française de la gestion financière (AFG) a chiffré en mars, sur des données arrêtées au 31 décembre 2025, l’encours cumulé de l’épargne salariale et de l’épargne retraite d’entreprise à 229,4 milliards d’euros, en hausse de 14,7 % sur un an. Un record. Le montant a plus que triplé depuis 2008, avec une croissance annuelle moyenne de 7,1 %.
Le nombre de personnes concernées frappe autant que le montant : 13,2 millions de salariés ont accès à un dispositif, plan d’épargne entreprise (PEE), plan d’épargne retraite collectif ou ancien PERCO. Dans son enquête semestrielle précédente, l’AFG comptait 13,3 millions de porteurs de parts et relevait que 31 % des salariés disposaient d’un plan d’épargne salariale et 27 % d’un plan d’épargne retraite collectif, pour 16,3 milliards d’euros de versements annuels.
Un patrimoine subi plus que choisi
La particularité de cette épargne est qu’elle arrive sans avoir été décidée. L’intéressement et la participation tombent au printemps, l’entreprise abonde selon une formule que le salarié découvre souvent à cette occasion, et l’arbitrage se réduit à une question binaire, percevoir ou placer, tranchée en quelques jours. À défaut de réponse, les sommes sont affectées par défaut, généralement sur un fonds monétaire ou une grille de gestion pilotée dont l’horizon ne correspond pas nécessairement au projet du salarié.
Les conséquences se voient sur la durée. Un salarié qui perçoit systématiquement son intéressement paie l’impôt sur le revenu dessus, là où le versement sur un PEE l’exonère, hors prélèvements sociaux, moyennant un blocage de cinq ans assorti de neuf cas de déblocage anticipé, dont l’achat de la résidence principale. Un salarié qui verse sans regarder l’abondement laisse de l’argent sur la table : l’abondement peut atteindre le triple du versement dans la limite d’un plafond annuel, ce qui reste le meilleur rendement immédiat accessible à un particulier.
L’épargne retraite d’entreprise ajoute une couche. Tous formats confondus, le plan d’épargne retraite (PER) rassemblait 12,7 millions de titulaires et 141,1 milliards d’euros d’encours selon un décompte interfédéral publié en février, dont 82,4 milliards sur les PER individuels, 31,7 milliards sur les PER d’entreprise collectifs et 27,1 milliards sur les PER obligatoires. Du côté des seuls PER assurantiels, France Assureurs recensait fin juin 8,5 millions d’assurés et 124,8 milliards d’euros d’encours, avec 3,2 milliards de cotisations sur le deuxième trimestre et 229 600 nouveaux assurés sur la période.
L’angle mort du conseil
Le problème n’est pas l’absence de dispositifs, c’est l’absence d’interlocuteur. Un salarié disposant de 30 000 euros sur un PEE et un PER collectif ne représente pas un client rentable pour un conseiller en gestion de patrimoine indépendant, dont le modèle économique repose sur des encours plus élevés. Il n’est pas davantage servi par sa banque, qui ne gère pas ces comptes, ni par le teneur de compte de son entreprise, dont le rôle s’arrête à l’exécution des ordres.
Des acteurs se positionnent sur ce vide, en facturant l’accompagnement à l’employeur plutôt que le produit au salarié. Les professionnels du secteur évaluent ce « patrimoine d’entreprise » à plus de 230 milliards d’euros pour plus de 13 millions de salariés, un ordre de grandeur cohérent avec les chiffres de l’AFG, et font valoir que la dissociation entre le conseil et la vente de produits financiers est la condition d’un accompagnement utile. L’argument mérite d’être vérifié dans les faits, mais il pointe une réalité : le partage de la valeur a produit des flux, pas des décisions.
Pour un salarié, trois vérifications valent le temps qu’elles prennent à la rentrée. Le règlement du plan, pour connaître la formule d’abondement et son plafond. La grille d’allocation par défaut, pour savoir si les sommes dorment sur un support monétaire alors que l’horizon dépasse dix ans. Et les frais, prélevés en partie par l’employeur et en partie par le salarié, dont le partage change à la sortie de l’entreprise, moment où beaucoup d’anciens salariés découvrent qu’ils paient désormais eux-mêmes des frais de tenue de compte sur un plan qu’ils avaient oublié.



